Histoire d'amour > Louis Aragon et Elsa Triolet

Louis Aragon et Elsa Triolet

L’histoire d’amour d’un poète et de sa muse dans le milieu intellectuel des années 30, sous fond de révolution russe, et de résistance, telle fut la rencontre d’Elsa Triolet et d’Aragon.

Louis Aragon et Elsa Triolet

Elsa Kagan naît en 1896 à Moscou dans une famille juive aisée. Son père est avocat et sa mère pianiste. Elle a une sœur aînée Lily, à laquelle elle restera très liée, allant jusqu’à « échanger “certains de leurs amants. Très imprégnée de culture française, elle fréquente les milieux intellectuels de la capitale russe et notamment Maïakovski, le poète de la révolution d’octobre. Elle étudie l’architecture. En 1917 à Moscou elle rencontre un officier français, André Triolet, qu’elle épouse en 1919. Le couple Triolet voyage à travers le monde, Berlin, New York, et Tahiti expérience exotique dont elle tire son premier roman, en russe. Elle quitte son mari, à l’amiable, mais garde son patronyme.Attirée par le milieu artistique des écrivains surréalistes elle s’installe à Paris, à Montparnasse, en 1924 et fréquente notamment les époux Delaunay. Elle est jeune, de caractère solitaire . Ses écrits intimistes sont de plus en plus appréciés. Dans le Paris foisonnant de l’intelligentsia, elle entre le 6 novembre 1928 dans le bar de la Coupole, et rencontre celui dont elle deviendra la muse, Louis Aragon.

Louis Aragon naît le 3 octobre 1897, fruit de la liaison secrète de sa mère Marguerite et d’un préfet de police. Il entreprend des études de médecin et devient médecin auxiliaire des armées au Val de Grâce. Il rencontre André Breton, Drieu la Rochelle, Eluard et abandonne vite la médecine. Il cherche sa voie en se consacrant notamment un temps au mouvement «dada» dont l’idée principale est de faire table rase de tout avant de s’engager dans des recherches littéraires qui lui permettront d’exprimer sa conception du surréalisme. En 1927, il adhère au parti communiste. Un an plus tard, sa rencontre à la Coupole avec celle qui sera son héroïne russe le pousse à œuvrer dans la révolution. Couple engagé, poussé l’un vers l’autre par le destin , tout concourt à les rassembler en ces temps d’idéaux nouveaux.

Elsa devient sa muse et lui permet de continuer ses recherches tandis qu’elle travaille et crée des bijoux pour de grandes maisons parisiennes. Mais Elsa, elle aussi avide d’inspiration et de réalisation intellectuelle continue à écrire et à publier, en russe. Elle s’engage au côté d’Aragon en faveur de l’Espagne républicaine, devient journaliste. Elle est plus en plus difficilement publiée en URSS où son livre sur Maïakovski est interdit. De son côté, Aragon participe à de nombreux journaux politiquement très investis dans la cause communiste. Le couple se marie en 1939, lié par leur amour commun et cette passion au goût de révolution. Elsa conserve elle nom de son premier époux. Au début de la guerre, Aragon s’enrôle dans un bataillon composé de communistes. Lorsqu’il est démobilisé le couple vit en zone sud pendant l’occupation, et ne cesse publier et d’organiser la résistance des milieux intellectuels.

À la libération Aragon publie son célèbre roman « Aurélien », roman d’amour autobiographique, tandis qu’Elsa Triolet sera la première femme à recevoir le prix Goncourt pour son recueil de nouvelles «le premier accroc coûte deux cents francs». Un couple au cœur des mots et de la tourmente d’une époque.

Forts de leurs expériences de résistants, ils deviennent les figures de proue du courant communiste français jusqu’à la connaissance des horreurs du régime totalitaire et de ses crimes en URSS. Ils se retirent alors pour se consacrer à leur travail d’écriture. En 1951 ils achètent le moulin de Villeneuve qui abritera leur amour et leurs rêves perdus. Elsa meurt le 16 juin 1970, Louis la suivra 12 ans plus tard, hanté par les yeux de cette femme qu’il a tant aimée. Poèmes, romans, articles de journaux, écrits en tout genre sont la preuve irréfutable de l’amour extraordinaire et plein d’admiration que se vouaient ces deux êtres érudits, épris de liberté de penser, et d’idées révolutionnaires.

Donnes moi tes mains que mon âme y dorme, que mon âme y dorme éternellement…

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